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Oui, je suis né dans l’Aviation. Mon père était aviateur et voila le lien intime qui me relie à cette Écriture. Dans l’inconscience de ma petite enfance elle m’a imprégné, conditionné. Ne voulais-je pas être pilote, alors que je commençais à peine à parler et à exprimer un désir, un souhait ?

Dans ma petite enfance il n’y a eu que l’avion qui atterrissait ou celui qui décollait. Il n’y eut que des accueils ou des au revoir. Le départ, le retour…et puis un jour, il n’y a pas eu de retour. L’avion s’était écrasé quelque part dans la montagne. Et moi, malgré ce drame, j’ai continué à prendre l’avion…dans mes rêves.

Et le rêve fut entretenu  dans cette École des Pupilles de l’Air où je fis mes études et où l’Aviation nous enveloppait d’un manteau invisible, mais prégnant. Et c’est au sein de cette école comme mon rêve d’être un jour pilote a pris fin, bien involontairement arrêté par un verdict médical sans appel.

Alors j’ai galéré durant quelques années. L’avion me manquait, pas forcément en tant que pilote, mais comme une nécessité de vie. J’eus bien professionnellement quelques très rares occasions de me déplacer par la voie des airs et j’ai conservé de l’un d’eux un souvenir ému. Décollage d’Orly à bord d’une Caravelle à destination de Marseille-Marignane. C’était l’époque où le fait d’annoncer que vous étiez un ancien élève de l’École des Pupilles de l’Air, vous ouvrait la porte du cockpit et le privilège d’admirer le ciel autrement que derrière un petit hublot de cabine. Le retour se fit de Marseille-Marignane à Lyon-Bron (Saint-Ex n’avait pas encore donné son nom à cet aéroport) à bord d’un bon vieux Bréguet Deux-Pont qui au décollage tremblait de toute sa carcasse, tout en prenant son temps avant de décoller enfin en tout bout de piste. La sensation était merveilleuse, car c’était un avion plein de vie, dont la sûreté en vol n’avait jamais fait défaut. Mais ce n’était là que de petites parenthèses.

Le hasard me conduisit un jour vers l’Archéologie et, au sein de cette « discipline terrienne », prenait naissance une activité nouvelle : la prospection de nos terroirs par photographie aérienne, dont on devait, en France, la mise en valeur par Roger Agache et dont Daniel Jalmain était le pionnier dans notre région.

L’avion venait à mon secours dans le cadre d’une pratique proche de celle de mon enfance : petit avion à hélice  qu’on allait rejoindre en marchant sur le tarmac. Dans la bulle du cockpit, assis en poste avant droit, on avait le ciel tout à soi que l’on partageait seulement avec le pilote.

Ce fut le début d’une grande et belle aventure où je pouvais associer mon addiction pour l’Avion et ma passion pour l’Histoire. Premier décollage le 26 août 1968 de l’aérodrome Blois-Le Breuil, dernier atterrissage le 17 octobre 2008 : 40 ans ! Quarante ans de compagnonnage avec mes amis pilotes, dont le premier fut Marcel Barelli. Mais je citerais également Ernest Buisson, Jean-Luc Génié, Bernadette Dumont, qui était alors chef-pilote, Philippe Renault, André Genty, avec une mention toute spéciale pour Georges Mennesy et Alain Pommier. Premier décollage avec Georges le 8 juillet 1979 et dernier vol en sa compagnie le 29 mai 1987. Pour lui c’était l’heure de la retraite. Alain n’a pris le relais que le 28 octobre 1993, pour faire notre dernier voyage de prospection le 17 octobre 2008.

Deux pilotes avec lesquels, durant ces longues années, nous avons formé une véritable « équipe » : pilote-photographe, le premier mettant sa science du pilotage au service du second pour lui permettre la meilleure prise de vue. Deux pilotes et deux conceptions du pilotage. Une fois l’objectif repéré, Georges faisait un double basculement gauche-droite, offrant, avec une grande précision,  la vue du site à photographier dans l’angle formé par l’avant du fuselage et l’aile droite. Alain avait un vol plus coulé, glissant vers l’objectif. Une technique de vol qui se prêtait mieux à l’aéronef que nous avons beaucoup utilisé : le Dymona, alors qu’avec Georges j’ai essentiellement volé sur Robin ou Rallye.

Durant ces quarante années j’ai effectué près de 170 missions photographiques au-dessus du Loir-et-Cher, en 180 heures de vol. Que de souvenirs divers et variés dont ce n’est pas ici la place de les conter ! Mais combien de remerciements je dois à ces pilotes d’un jour ou de plusieurs années  qui m’ont permis de poursuivre cette quête du ciel débutée dans ma petite enfance.

Il me fallut, un jour, mettre un point final à cette prospection archéologique par photographies aériennes et, plus simplement, à toute mon activité archéologique. Il fallait redescendre sur terre !

Mais il était écrit que l’aventure n’était pas finie et c’est au gré du vent qu’elle s’est poursuivie. Un professeur d’histoire, devenu aérostier, décida de concilier ses deux passions en proposant à ses passagers des « vols commentés » à la découverte des paysages du département de Loir-et-Cher, dans une autre dimension. C’est ainsi qu’est née, avec Mickaël Dubois, une nouvelle complicité dans le ciel. Du plus lourd que l’air, je suis passé au vol en montgolfière, toujours là-haut dans cet élément qui a marqué ma vie.

Né dans le monde de l’Aviation, je me suis aussi intéressé, en historien, aux femmes et aux hommes qui en ont construit la belle Aventure.

Claude LEYMARIOS

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