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Fréteval- La forteresse                                                            Retour Accueil                                                                                                 

Construite sur un éperon dominant la vallée du Loir, rive gauche, formé par un ru brisant le coteau, d’où l’étymologie Fracta vallis (vallée brisée), la forteresse de Fréteval a succédé, à la fin du 11è siècle à une grande enceinte villageoise fortifiée, dont l’origine pourrait remonter au 7è siècle. Une église paroissiale, à la dédicace de Saint-Victor, était liée à ce village.

Durant vingt ans, des campagnes de fouilles archéologiques ont été conduites, sur ce site, par Claude Leymarios. Elles ont permis de proposer un schéma d’occupation militaire qui débute dans la décennie 1080. A cette époque les seigneurs de Meslay-le-Vidâme, près de Chartres, vassaux des comtes de Blois, sont également sires de Fréteval et c’est à ce titre que Nivelon 1er est présent à la dédicace de la Trinité de Vendôme, par Geoffroy Martel, en 1040. Mais la forteresse n’existe pas encore et se pose la question de savoir où se trouvait le siège du fief. Une réponse impossible à donner en l’absence de textes ou de documents archéologiques, mais une hypothèse en évoquant le Plessis-Hamelin, sur le plateau, rive droite du Loir. Une hypothèse sans plus, simplement pour donner envie à de futurs chercheurs de pousser des investigations en ce sens.

Foucher, fils de Nivelon 1er , vieillissant, se retire dans un couvent en 1087, cédant le fief à son fils Nivelon II. Nous sommes sur une zone de marche entre le côté de Blois qui tient du roi de France et le comté de Vendôme aux mains des Plantagenet, qu’il importe donc de fortifier.
Nous sommes à l’époque où la papauté appelle à la délivrance du tombeau du Christ, à Jérusalem.
Nivelon II, accompagnant son seigneur, Henri-Étienne, comte de Blois, va partir pour la croisade en 1096. En s’appuyant sur la documentation archéologique on peut situer la construction du donjon -la pièce maîtresse du site- entre 1087 (avènement de Nivelon II) et 1096 (son départ pour la 1ère croisade). L’étude architecturale de ce donjon, dont la vocation dans toute forteresse médiévale est essentiellement militaire, montre, paradoxalement, une évidente touche féminine dans sa construction (décors de fenêtres, sculpture sur un piédroit de cheminée, galerie d’apparat) que l’on peut attribuer à la comtesse Adèle de Blois, épouse d’Henri-Étienne et fille de Guillaume le Conquérant.
Si le comte de Blois trouve la mort en Terre Sainte, à Ramla, le 11 mai 1102, Nivelon II rentre à une date que nous ne connaissons pas et reprend la direction de son fief de Meslay et du château de Fréteval. À sa mort en 1122, à son fils Ursion 1er lui succédera.
Durant le 12è siècle, le château de Fréteval est tenu par les Plantagenet de 1158 à 1187. Ils en renforcent les défenses en édifiant une seconde enceinte au-delà de la chemise du donjon.
Deux événements majeurs vont se retrouver indirectement liés à la forteresse, durant ce siècle :
-la « paix de Fréteval », scellée par le baiser de réconciliation que se donnent, près de la forteresse, le roi d’Angleterre, Henri II Plantagenet et le chef de l’église anglicane, l’archevêque de Cantorberry, Thomas Becket, le 21 ou 22 juillet 1170. Le roi fera assassiner Thomas le 29 décembre 1170, en sa cathédrale de Canterbury. Parmi les assassins « Renaud, fils d’Ursion [de Fréteval] ».
-la bataille, dite de Fréteval, entre Richard Cour de Lion et Philippe Auguste, le 11 juin 1194. L’arrière-garde du roi de France, qui fait route vers Vendôme, est bousculée par les troupes de Richard II, dans un lieu proche de Fréteval, qu’aucun document historique ne permet de situer avec certitude. Dans les chariots de cette arrière garde, les anglais s’emparent du « Trésor royal » (chartes, sceaux) qui suivait toujours le roi en déplacement. Tirant leçon de cette « mésaventure », Philippe Auguste, confira dorénavant les sceaux royaux à la garde d’un grand seigneur à Paris : le garde des Sceaux (fonction qui perdure de nos jours avec le ministre de la Justice). Les archives seront également confiées à un service qui donnera naissance aux Archives Nationales.
Nivelon V de Meslay, neuvième sire de Fréteval connu, meurt en 1264 sans postérité et le fief revient à Marguerite, sa sœur, épouse d’Emery d’Argenton, dont le fils Guy d’Argenton, seigneur de Fréteval de 1275 à 1293, revend le fief à Hugues II de Châtillon, comte de Blois. Ce dernier installe un gouverneur militaire dans la forteresse et fait le choix de Pierre, sire de Mauvoisin, qui a épousé Jeanne de Meslay, autre sœur de Nivelon V. On retrouvera Philippot Mauvoisin, son arrière petit-fils, qui tient la forteresse durant la période trouble de la guerre de Cent Ans. Il épousa, en premières noces, Jehanne la Bugle, dont on retrouva le sceau dans les fouilles archéologiques du donjon, puis Jehanne de Voré.
Ce sont les troupes du comte de Salisbury qui, dans leur marche de Châteaudun vers Orléans, s’attaquèrent à la forteresse dont ils sapèrent le donjon, provoquant son démantèlement définitif.

Les fouilles archéologiques dans le donjon ont démontré que jamais les sires de Meslay-Fréteval n’y résidèrent, alors que les Mauvoisin, gouverneurs militaires y logèrent.

Combien de secrets cachent encore ces ruines romantiques, un temps mêlées à la grande Histoire de France ?

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